Depuis que la réforme de la langue française a fait sa place dans l'actualité québécoise il y a plusieurs années, une véritable légende perdure. Certains sont sceptiques, d'autres y croient dur comme fer : le pluriel de cheval serait maintenant chevals au lieu de chevaux. Il est grand temps de mettre les pendules à l'heure : cette nouvelle "règle" est un mythe, le pluriel de cheval est encore chevaux et non, chevals n'est pas accepté, pas plus que tous les noms et adjectifs en -al ne peuvent maintenant se terminer par -als au pluriel, mis à part quelques exceptions qui ne datent pas d'hier (bal, carnaval, fatal, etc.).
Mais qui donc est à l'origine de ce mythe que même certains journalistes et animateurs de radio ont alimenté (ils ont sans doute omis de vérifier leurs sources ou la fiabilité de celles-ci)? Il existe plusieurs hypothèses à ce sujet :
- Il semblerait que l'Académie française aurait brièvement accepté le pluriel -als pour tous les mots en -al au début des années 1980. Or, il n'existe aucune trace de cette proposition et le plus récent dictionnaire de l'Académie francaise n'autorise toujours que le pluriel chevaux.
- Certains croient que l'acceptation de chevals serait attribuable à la réforme de l'orthographe proposée en France en 1990 par le Conseil supérieur de la langue française. Or, le texte officiel des propositions, que l'on peut trouver sur le site Web de l'Académie française, ne fait aucunement état du pluriel des mots en -al et on ne retrouve pas ces rectifications dans le Vadémécum de l'orthographe recommandée.
- Enfin, comme la légende circule beaucoup plus au Québec qu'en France, d'autres ont pointé du doigt l'Office québécois de la langue française. Cet organisme n'a toutefois rien à y voir. Tant sur le site de la Banque de dépannage linguistique que sur celui du Grand dictionnaire terminologique, il est clairement écrit à l'entrée cheval que "cheval avec un s n'est pas le nouveau pluriel de ce mot". D'ailleurs, le Grand dictionnaire terminologique mentionne que la "forme chevals serait une réfection inutile puisque l'évolution phonétique qui sous-tend le passage du -als à -aux est accomplie".
Donc, le seul pluriel de cheval accepté reste chevaux, tout comme le pluriel de journal est journaux et celui de animal est animaux. Bien que certains essaieront encore de vous convaincre du contraire, souvenez-vous qu'aucun ouvrage de référence récent, ni l'Office québécois de la langue française, ni l'Académie française, n'a donné sa bénédiction aux chevals.
(Chronique linguistique publiée dans le journal communautaire L'Attisée en mai 2009).